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mardi 7 septembre 2010

Taxi, de Khaled Al Khamissi


 « On se moque du raïs, faute de pouvoir s’en débarrasser »

Un tableau instructif d’une période (avril 2005-mars2006)  où l’Egypte permet l’éligibilité d’un autre président que Moubarak. Il brigue son cinquième mandat et sera réélu.
Le narrateur, intellectuel égyptien, utilise les taxis pour se déplacer en Egypte. 80 000 chauffeurs au Caire au total ! Retranscription de 58 conversations sur le climat social économique et politique de l’Egypte. Notre œil sera averti sur la corruption de l’administration, les échecs économiques et diplomatiques du régime en place d’Hosni Moubarak, la misère et l’humiliation du petit peuple égyptien, ses tracasseries administratives.

Décrit aussi tout un éventail d’espoirs basés sur l’éducation, l’entraide familiale et sociale, le système D des égyptiens et une permanente référence à Dieu qui font de ce livre un récit unique et une référence étrangère à notre culture.
Une vision kaléidoscopique d’une Egypte drôle mais aussi triste.

J’ai beaucoup aimé ce livre même si l’achèvement de chacune de ces saynètes m’empêchait de pouvoir m’imprégner aisément de la suivante.

Vendu à plus de 100 000 exemplaires il a du être réédité. Il est traduit à l’étranger, en anglais et en français. Son succès repose sur le caractère idéologique, le respect des petites gens, et la douceur qu’utilise le narrateur. Une touche d’humour en prime.

Je recommande cet ouvrage vivement !

Béatrice

Le Quai de Ouistreham, de Florence Aubenas



Florence Aubenas s’installe à Caen pour y chercher du travail, elle conserve son identité mais se colore les cheveux en blond et son CV ne mentionne qu’un baccalauréat et quelques expériences minimes. Elle s’invente un mari garagiste qui l’aurait entretenue ces dernières années et serait donc restée au foyer. Elle sera classée à Haut risque statistique par Pôle Emploi.
Etant donné son âge et son parcours, on l’oriente vers l’entretien, la propreté.
En période de crise, en 2009, elle raconte la difficulté à trouver des heures de ménage dans des entreprises diverses. Pas de CDI, ni de CDD, juste des heures de ménage.
Embauchée sur le ferry du Quai de Ouistreham, elle y récure les toilettes. Dans un camping, elle est chargée de nettoyer les bungalows à la chaîne, dans une entreprise de transports routiers, elle tente de s’attaquer à la crasse qui recouvre les douches. Elle raconte les levers aux aurores,  les interminables trajets entre deux sites, les formations désespérantes, le manque de respect, l’indifférence et la précarité.
Florence Aubenas partagera le quotidien de ces femmes dont personne n’ignore le sort mais dont personne ne parle.
Elle décidera de mettre un terme à son expérience une fois un CDI décroché. Son épopée durera six mois.
En toile de fond, le syndicalisme, les dernières grandes entreprises françaises telle que Moulinex, la misère humaine et sociale, l’impuissance des agents responsables de Pôle Emploi dans la mine de son crayon.
Je ne condamne pas ce livre trop durement. Il ne permet pas de mesurer les difficultés financières qui ne sont pas abordées. Ce livre est un témoignage, il n’apporte pas d’analyse. Et après lecture, il est difficile de savoir si on retient davantage l’expérience qu’a entrepris Florence Aubenas plutôt que le triste sort de ces femmes ô combien courageuses.
Je ne me suis pas sentie convaincue par le fait que Florence Aubenas ait été véritablement sensible et touchée par cette misère sociale, probablement parce que les riches portant un regard sur les pauvres ne permet pas toujours une vision objective de la dure réalité.


Béatrice